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…un club "valide"

Comment faciliter l’accueil de la personne handicapée dans le club ?

« L’égalité des chances, c’est offrir à chacun la possibilité de réaliser son propre parcours, d’aller au maximum de ses capacités, d’accomplir en actes ces ferments que l’on appelle un potentiel »

 

Introduction

En France, la pratique sportive des personnes en situation de handicap s’est développée essentiellement grâce aux deux grandes fédérations sportives dédiées que sont la Fédération française handisport (FFH) et la Fédération française du sport adapté (FFSA). Leurs objectifs sont la promotion de l’activité  physique et sportive pour les handicaps physiques et sensoriels (FFH) ainsi que mentaux (déficiences intellectuelles et troubles psychiques) (FFSA), la défense du rang de la France à l’international, notamment aux Jeux Paralympiques et l’organisation de la pratique sportive en France. Ces deux fédérations ont édicté des règles de pratique adaptées pour une soixantaine de sports.

L’enjeu consiste à permettre aux personnes en situation de handicap d’avoir le « choix » de pratiquer en milieu spécifique ou en milieu ordinaire. De manière plus générale, cette démarche permet d’encourager un développement maîtrisé et durable des pratiques et une offre sportive diversifiée permettant à une plus grande part de la population en situation de handicap d’avoir accès au sport et aux loisirs sportifs.

Votre club souhaite accueillir des personnes en situation de handicap afin de leur proposer de découvrir ou de se perfectionner dans la pratique sportive ? Ce document vous propose de mieux connaître la problématique liée à l’accueil de ce public. Il doit vous permettre de vérifier si votre projet prend en compte les particularités de votre démarche.

Vous allez vous engager dans un projet qui doit associer l’ensemble des acteurs : dirigeants, adhérents, professionnels de l’encadrement ou bénévoles. Chacun d’entre eux devra s’impliquer auprès des personnes en situation de handicap, c’est une des conditions de la réussite de l’inclusion (1) au sein de votre club.

(1) «processus par lequel des efforts sont faits afin de s’assurer que tous, peu importe leurs expériences, peuvent réaliser leur potentiel dans la vie. Une société inclusive est caractérisée par des efforts pour réduire les inégalités, par un équilibre entre les droits et les devoirs individuels » (Centre for Economic and Social Inclusion, 2002)

Organigramme des intervenants pour la pratique du sport adapté
Organigramme des intervenants pour la pratique du sport adapté

Le cadre RÉGLEMENTAIRE

Un droit

La situation de handicap s’analyse aujourd’hui comme le résultat de l’interaction entre les incapacités qu’une personne peut connaître et l’inadaptation totale ou partielle de ce qui constitue son environnement. Ainsi, si l’accessibilité de la cité constitue une condition essentielle dans l’accès des personnes handicapées à la pleine citoyenneté, ces dernières disposent d’un véritable droit aux activités sportives et aux loisirs. Dans une logique de lutte contre les discriminations, il est donc important que les personnes handicapées puissent participer, sur la base de l’égalité avec les autres, aux activités sportives de leur choix.

Un devoir

Les structures doivent donc prendre les mesures appropriées pour accueillir les personnes en situation de handicap qui souhaiteraient pratiquer des activités sportives. À défaut, si le club ou la structure ne peut justifier le refus d’accueil d’une personne handicapée par une disposition légale ou des impératifs de sécurité, l’infraction de discrimination pourra être caractérisée à son encontre (2).

(2) Pôle ressource national sports et handicap « Guide accessibilité »

La question du sport et du handicap

Poser la question du sport dans une visée de santé et son rapport au handicap mental ou psychique, c’est s’interroger, d’une certaine façon, sur la capacité d’une activité éminemment culturelle à réduire les conséquences sociales d’une déficience dont la caractéristique première est de soumettre l’individu qui en est porteur à une dépendance plus psychologique et sociale que physique.

Aujourd’hui le sport, dans son acception commune, c’est-à-dire défini comme une activité sociale, compétitive ou non compétitive, mettant en jeu la motricité et la corporéité de l’individu, est considéré, entre autres, comme un facteur de santé. Notons que dans notre société, la pratique sportive n’a jamais été aussi importante pour des raisons différentes ou conjuguées, aussi bien esthétiques (sculpter son corps), ludiques (pour le plaisir) que médicales (rester en bonne santé) (3).

(3) Sport et handicap dans notre société : un défi à l’épreuve du social : Roy COMPTE, Empan 2007/2

 

Identifier les freins

  • La santé ou le handicap eux-mêmes imposent des limites que les personnes handicapées ont du mal à dépasser.
  • Le manque de temps, d’argent ou de motivation.
  • La réticence ou la difficulté à entrer en relation avec les autres.
  • La question de l’accompagnement est centrale puisque le manque d’autonomie de certaines personnes impacte indéniablement leur pratique.
  • Le coût et la disponibilité du matériel constituent également un frein.

Les effets bénéfiques

Les actions sur la personne en situation de handicap elle‐même :

    • Gérer son handicap et son incapacité :

Pour la personne en situation de handicap, le problème est d’abord de gérer son handicap et son incapacité de manière à permettre l’exploitation des capacités qui demeurent.

    • Réduire le handicap

L’objectif va être également de réduire le handicap, de faire reculer l’incapacité, de favoriser les compensations et donc d’augmenter l’autonomie.
Privées de tout ou partie de leur motricité, ces personnes (et plus particulièrement les enfants et les plus grands handicapés) manifestent une énorme envie de bouger.
C’est aussi l’objectif de la rééducation et de l’utilisation de la pratique physique et sportive comme thérapie.

    • Découvrir et améliorer son potentiel physique et fonctionnel :

De bonnes capacités motrices vont permettre une meilleure aisance dans les actes du quotidien (transferts, déplacements, franchissements de trottoirs et d’obstacles, repérages dans l’espace…).

Les actions sur les autres adhérents du club et sur l’environnement :

  • On retrouve ici les notions d’intégration, de plaisir partagé et on conçoit assez facilement que réussir l’intégration c’est aussi préparer et éduquer les personnes valides. « Vivre avec » suppose un effort de l’ensemble des partenaires.
  • La pratique commune d’une activité permet aussi à la personne valide de vivre des situations avec la personne en situation de handicap et par conséquent on apprend à connaître, à toucher ce corps déficient et faire disparaître la notion de gêne.
  • Agir et vivre ensemble des situations d’actions, de jeux, d’entraide, de conflits, c’est apprendre et accepter la différence, reconnaître les spécificités, les qualités et les défauts de l’autre, les capacités et les incapacités de l’autre, c’est respecter l’autre.

Pour résumer, l’impact bénéfique d’une pratique régulière tant pour les personnes en situation de handicap mental que physique ou sensoriel se décline en trois points :

  • Sur le plan physique :
    Acquisition d’une meilleure condition physique et hygiène de vie
    Développement des capacités physiques et musculaires
    Accroissement et maintien de l’autonomie
    Amélioration de la coordination, de l’habileté gestuelle et de l’équilibre
    Prévention sur la santé : éviter les méfaits de la sédentarité (excès de poids, problèmes cardio‐vasculaires, ostéoporose…)
    Prévention des effets du vieillissement. 
  • Sur le plan cognitif :
    Développement de l’estime de soi
    Aide à la reconstruction de l’image de soi (Handicap physique)
    Diminution de l’anxiété, des troubles de l’humeur
    Épanouissement, dépassement de soi
    Concentration, mémorisation, recherche de stratégies
    Fierté d’être sportif 
  • Sur le plan social :
    Effet positif sur la qualité de vie
    Élargissement des capacités de communication, d’interactions positives avec les autres
    Meilleure insertion dans un groupe, dans la société
    Valorisation de la personne sur un plan familial et social
    Respect des règles du jeu et de l’adversaire, acquisition de normes de vie sociale
    Outil de lutte contre l’isolement social
    Mise en œuvre de sa citoyenneté (3)

(3) Pôle ressource national sport et handicap « Guide accessibilité »

Comment accueillir dans votre club une personne en situation de handicap ?

En amont votre réflexion doit être commune et partagée avec l’ensemble des personnes qui interviennent dans le club pour garantir l’accès, la sécurité, la qualité d’accueil, la compréhension et l’épanouissement des personnes en situation de handicap :

  • Il faudra s’interroger sur l’opportunité d’adapter les modalités de pratique par exemple les règles de l’association : règlement intérieur, règlement disciplinaire, règlement sportif, mode d’enseignement, technique différente, matériel autorisé, modalités d’accompagnement sur le site sportif…
  • Les élus de l’association doivent tous s’exprimer au sujet de la décision d’accueillir des personnes en situation de handicap afin que toutes les questions soient posées et une réponse apportée à chacune d’elle. Pour ce faire ne pas hésiter à faire appel à la structure départementale représentant le monde du handicap sportif (Sport adapté ou Handisport) qui sera apte à donner toutes les précisions nécessaires.
  • Il est absolument nécessaire que les adhérents soient associés et informés car ce sont eux qui vont partager le quotidien des séances avec la personne en situation de handicap. Ils seront les premiers au contact dans les situations d’apprentissage, de jeux, de stress, de réussite, d’échec, de soutien aussi et ils seront le lien entre club et activité. Leur adhésion au projet conditionne sa réussite et sa pérennité.
  • Les personnels d’encadrement devront s’impliquer en imaginant des contenus de séances qui intègrent les personnes différentes, se documenter au sujet des particularités des handicaps et les nécessaires mesures d’accompagnement à mettre en œuvre. Ils pourront faire appel aux techniciens départementaux (FFH ou FFSA) s’ils ont des craintes par rapport au public handicapé.
  • Ils pourront leur proposer une formation ou un accompagnement. La formation AQSA (attestation de qualification sport adapté) permet de mieux connaître les situations d’encadrement spécifiques.
  • Il s’agira aussi de réfléchir avec eux à la mise en place d’une section sport adapté ou FFH au sein du club. Ce qui supposera une affiliation FFH ou Sport adapté ?

Premier contact : Les accompagnants

Ils sont parents, amis ou personnels d’établissements. Dans tous les cas ils ont besoins d’être rassurés sur la capacité de votre club à assurer l’accueil de la personne en situation de handicap. Vérifiez avec la personne en situation de handicap ou l’accompagnant qu’un médecin a été consulté et quelles sont ses recommandations en fonction du handicap. Il s’agit alors de choisir ensemble une ou des activités qui correspondent aux possibilités motrices mais, surtout, qui procurent du plaisir, condition essentielle de l’assiduité. Il est préférable d’opter pour des pratiques de groupe de manière à y inclure un aspect convivial et relationnel. Privilégiez la régularité, plutôt que la prouesse physique et des efforts inconsidérés qui ne feraient que démotiver le futur adhèrent.

L’accompagnant aura besoin d’avoir des réponses et des assurances précises sur les modalités prises par le club  inhérentes dans les domaines pratiques :

  • Tarif de l’adhésion au club adapté ou pas en fonction de la fréquence de l’activité, la durée…
  • Licence spécifique au club ou seulement celle de la fédération handicap (FFSA ou FFH)
  • Club faisant partie ou non d’une fédération sous convention avec les fédérations en charge du sport handicap. Pour la FFSA : http://www.ffsa.asso.fr/430-documents-sportifs, pour le FFH : http://www.handisport.org/federation-homologues/
  • Informations des autres adhérents à travers les publications du club et pas seulement à l’oral
  • Modalités d’aménagement des locaux (accès), vestiaires hommes et femmes, si l’activité nécessite ce type d’équipement
  • Lieu et horaire de rendez-vous précisés avec document comportant un plan d’accès
  • Durée précise autant que possible du déroulement annuel de l’activité, des séances, rédaction de protocole en cas de changement de dernière minute (téléphone de chacune des parties concernées : éducateur, parents, adhérents…)
  • Bienveillance de chacun des participants et de l’encadrement à l’égard des personnes en situation de handicap.
  • Permettre le repos, la mise à l’écart, la prise de recul pour des personnes plus fatigables et plus facilement soumises au stress, notamment causé par le bruit ambiant ou la foule
  • Comment obtenir des retours ? Avec quel interlocuteur privilégié ?

Dans la pratique

Il faudra privilégier l’inclusion dans les groupes existant, si nécessaire en répartissant les adhérents handicapés dans différents groupes afin de permettre à la personne en situation de handicap d’être en contact avec les autres adhérents.

Selon les problématiques des personnes il peut être plus opportun de proposer un créneau horaire spécifique aux personnes en situation de handicap. Cette organisation peut rassurer les personnes en situation de handicap. Ensuite elles pourront intégrer une pratique sportive inclusive en milieu valide.

Il est important que la personne en situation de handicap se voie affecter une personne référente (besoin de repère) cela peut être un entraineur, un enfant valide.

Il faut éviter que la personne en situation de handicap change de groupe, le besoin de stabilité est important, il participe à la création de repère et renforce la motivation.

Il arrive que l’enseignant juge qu’une tâche n’a pas d’intérêt, pour un élève handicapé, à être proposée ou poursuivie par ce qu’il s’imagine, par compassion, dans la situation de cet élève. Or, on ne peut pas se mettre à la place d’autrui. Ce qui est susceptible de mobiliser est propre à chacun.

On peut remarquer que, du point de vue de la motivation, les sportifs en situation de handicap ont bien des points communs avec les valides. Dès lors qu’ils sont mobilisés par la recherche de l’excellence, du dépassement de soi et des autres, ils sont des compétiteurs comme les autres. Cependant, comme pour les valides, la compétition n’est pas le seul ressort de l’activité sportive.

Les questions de sécurité… (4)

(4) Epsilliades, snepfsu, Sports et handicap, Jean Pierre Garel, Laboratoire RELACS, université du Littoral Côte d’Opale.

 

Pour aller plus loin…

Loisirs et compétition

  • Qu’une personne en situation de handicap soit motivée pour une activité sportive se conçoit bien quand cette activité donne lieu à des performances significatives, mais ce qui est significatif aux yeux de la personne concernée ne l’est pas forcément pour le valide qui est à ses côtés. Les personnes en situation de handicap comme les valides aiment se dépasser.

Ce qu’il faut retenir, ce sont des marges de progrès qui peuvent aller bien au-delà de ce que l’on peut imaginer. Pour l’éducateur sportif ou l’entraîneur, trois enseignements sont à tirer de ce constat :

‐ Faire le pari des potentialités. Comment, d’ailleurs, pourrait-on être chargé d’enseignement et d’éducation auprès de personnes handicapées sans postuler leur éducabilité ?

‐ Avoir une conception exigeante de la pratique sportive de ces personnes, dans le sens où l’on ne saurait se contenter de leur présence en milieu ordinaire sans engager des actions propres à accroître leur pouvoir d’agir et leur participation effective à des activités communes

‐ Savoir que les progrès et les performances se construisent généralement à partir d’une démarche d’enseignement et d’entrainement rigoureuse, servie par la compétence de ceux qui en ont la responsabilité. (5)

 (5) Epsilliades, snepfsu, Sports et handicap, Jean Pierre Garel, Laboratoire RELACS, université du Littoral Côte d’Opale

Communiquer

Un enjeu fort pour développer la pratique sportive des personnes en situation de handicap consiste à mieux faire connaître l’offre de pratique sportive existante, notamment à destination des personnes recherchant un lieu de pratique, des familles, des parents et du réseau des MDPH pour les aides qu’elles pourraient accorder. Dans cette perspective, le site internet « handiguide des sports » a été mis en ligne afin de répertorier les clubs qui accueillent ou sont en capacité d’accueillir des personnes en situation de handicap. Cet outil permet également de mieux évaluer la réalité de la pratique sportive des personnes en situation de handicap et recense près de 6000 structures dans toute la France.

La rubrique « où pratiquer ? » présente notamment sur les sites des deux fédérations spécifiques permet le référencement des associations sur un plan géographique, l’affichage de l’offre sportive par type de pratique sportive et les associations labellisées.

Votre club doit aussi communiquer sur la mise en place en son sein de l’accueil de personnes en situation de handicap auprès du réseau des institutions d’une part, mais d’autre part, il ne faut pas oublier toutes les personnes qui à titre individuel ou hors institutions souhaitent pratiquer une activité physique. À ce jour les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) sont le point de passage obligé des personnes en situation de handicap et leur rôle est aussi de diffuser l’information. Alors il faut faire savoir que votre club est structuré pour répondre aux besoins.

Webographie

Signalons en outre le document (téléchargeable ici) réalisé par le CDSA de l’Orne, détaillant le processus de création d’une section « sport adapté », à partir de l’exemple de la section Adapté du Tennis Club de Saint Germain du Corbéis.